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Le Couvre-Chefs > Sommaire >
Le
problème de la notation est un problème de
surface, un arbre qui cache une forêt. La note conclut une
évaluation, elle-même conséquence de la valeur
donnée à des actes, des personnes, des choses… des
marchandises ? Il y a deux sources au jugement de valeur: ce que je
pense moi -- allez donc étalonner avec tant de
subjectivité ! -- et ce que pense le plus grand nombre -- vous
savez, ce bon sens commun sous dépendance, de l'air du temps,
des pouvoirs économiques, politiques ou scientifiques, des
médias… Peut-on sortir de là ?
Jamais
deux enseignants n'accorderont la même importance à
tel ou tel type d'acquisition, non plus qu'aucun adulte parent n'aura
jamais les mêmes attentes qu'un autre auprès de ses
enfants. Qu'est-ce qui vaut quoi ? Qu'est-ce qui est mieux ? (Bien,
mal, cela me rappelle un air sur lequel plus que jamais se chante -- se
hurle certaine guerre…) Je sais l'histoire d'un adolescent
extrêmement brillant en classe qui était tellement inapte
à la vie quotidienne et matérielle que son père
demanda, en toute confiance, au «cancre» de la classe de
veiller sur lui et ses affaires, lors d'un voyage extrascolaire. Lequel
de ces deux est le plus valable (!) même aux yeux de la
société ? Ils ont tous deux leurs compétences, ils
ont acquis des connaissances et des savoir-faire différents.
N'estimez-vous pas que les deux sont indispensables ? La valeur de
chacun, c'est qu'il est de toute manière indispensable à
quelqu'un, à quelque chose, à quelques-uns. Et pas pour
une valeur de 5 sur 10, ni même de 15 sur 20. Quoi qu'en pensent
les pouvoirs pour lesquels les personnes ne sont jamais que chair
à travail ou à canon.
Croyez-vous
qu'il faille absolument être un chaînon
institutionnel conforme à la demande de l'actuelle
société, elle-même étrangère à
tout sens coopératif et obnubilée par la
rentabilité (que ça rapporte de l'argent, du pouvoir, du
succès…) ? Nous risquons de finir par ne plus valoriser
(i.e. bien évaluer) que les compétences qui permettent
à l'élève, à plus ou moins longue
échéance, d'être lui-même rentable ou, mieux,
apte à rentabiliser son environnement matériel et/ou
humain. De nos jours, les «matières nobles» qui
permettent d'être remarquable scolairement ne sont plus
forcément celles d'autrefois, qui étaient tout aussi
dépendantes d'une mode, d'une économie. La valeur des
gens dépend-elle de leur valeur marchande présente ?
Mettrons-nous
une meilleure note à Rimbaud ou à Einstein
? à Freud ou à Pasteur ? à Marx ou à
Picasso ? à Heisenberg ou à Alva J. Fisher (1) ? à
Fernand Pelloutier (2) ou à Mozart ? Il y
a peut-être un
critère : celui du bénéfice que fait la Fnac avec
leurs œuvres.
Dominique
1.
Je sais, vous ne connaissez sans
doute pas cet anonyme valable, inventeur du premier
lave-linge électrique.
2. Fondateur de la
Fédération des Bourses du Travail.