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Le Couvre-Chefs > Sommaire >
Tout
système hiérarchique fonctionne grâce à
la mise en place de différentes strates de pouvoir et au
rôle que chaque individu accepte d'occuper dans ces strates. Ne
jamais considérer le statut de l'autre comme supérieur ou
inférieur au nôtre, ne concéder aucune
reconnaissance à quelque autorité que ce soit, met
déjà en difficulté tous ceux et celles à
qui on a délégué une parcelle d'autorité,
et qui constituent autant de relais sur lesquels le pouvoir
centralisé s'appuie.
Il ne s'agit pas pour autant de s'enfermer dans un duel certes
jouissif, mais à la longue épuisant, avec nos soi-disant
chefs. N'oublions pas que les stratégies des détenteurs
du pouvoir sont d'autant plus efficaces qu'ils sont confrontés
à des individus isolés, enfermés chacun dans la
fonction qui lui est attribuée. Pour lutter contre la
hiérarchie, il est donc non seulement nécessaire de
s'organiser collectivement, ce que nous faisons formellement à
travers le cah, mais il nous faut aussi dans la vie de tous les jours
sortir de notre propre isolement.
Refuser notre pouvoir
hiérarchique
Discuter avec ceux qui nous entourent (dames de
service, asem, ae, surveillants, parents…), parler et faire
parler des tâches qui nous ont été plus ou moins
arbitrairement attribuées et réfléchir sur le
bien-fondé de ces attributions, bref, créer du lien,
permet de
se sentir plus proche et plus solidaire des autres. On dit souvent dans
les luttes que lorsque l'un de nous est attaqué, nous le sommes
tous, mais on a plus de mal à réagir selon cette logique.
Se rapprocher des autres suffisamment pour qu'ils fassent
concrètement partie du fameux nous, voilà peut-être
une piste à explorer. Une solidarité concrète, une
solidarité de classe, devrait également nous aider
à ne pas nous comporter plus ou moins consciemment comme l'un
des rouages de l'organigramme hiérarchique.
En effet, s'il semble évident de s'opposer à la
hiérarchie quand on s'en estime la victime, il faut être
attentif à ne pas nous retrouver nous-mêmes dans la
position de l'oppresseur ou de son allié. Alors qu'on nous y
incite de plus en plus, notamment avec la loi Perben qui permet de
condamner plus lourdement l'usager qui oserait outrager le
fonctionnaire que nous sommes dans l'exercice de ses fonctions, nous
devons refuser de mettre en avant notre statut dans quelque situation
de conflit que ce soit, et le faire savoir haut et fort.
Dans une logique similaire, il faut éviter d'avoir recours
à quelque autorité que ce soit pour régler un
problème avec un enfant, un collègue ou un parent.
Là encore, le dialogue, le lien qu'on crée en parlant et
en écoutant les autres, est notre plus fidèle atout pour
régler un conflit.
N'oublions pas que tout recours à l'un des rouages de la
hiérarchie sert à justifier son existence.
Rompre avec les habitudes
de soumission
Face aux diverses pressions et
attaques dont nous pouvons être l'objet, qu'elles viennent d'un
petit chef ou du ministère, souvenons-nous que les droits se
conquièrent, et s'effritent dès qu'ils ne croissent plus.
Notre premier réflexe, avec nos statuts encore
protégés -- du moins quand nous sommes titulaires --, est
souvent de nous poser la question des textes : Ont-ils le droit
de… ? Avons-nous le droit de… ? Mais un regard froid et
critique sur nos expériences passées nous montrera vite
que le droit, ils le prennent, en haut, comme ils le veulent ;
qu'obtenir d'un recteur qu'il contraigne un proviseur à
respecter un texte est aussi efficace et logique (cf. ci-dessus) que
demander à un banquier d'obliger un patron à respecter
les formes du licenciement économique ! D'autant que, au vu de
la
multiplication des cas, on peut soupçonner qu'est venue d'en
haut la consigne de se montrer pervers et abusif. Quant à la
voie judiciaire, la plupart des conflits que nous pouvons
connaître et vivre ne peuvent attendre les années
nécessaires au tribunal administratif.
Alors, renversons la situation, et, dans l'action collective, sachons
nous aussi outrepasser nos droits. Le rapport de force se joue entre
notre nombre, notre détermination, notre unité, et leur
pouvoir exécutif de fait.
Le rapport de force est certes largement défavorable lorsqu'un
individu est isolé pour être seul frappé. La
tentation de faire jouer les textes, et donc de s'y plier, ou la
tentation de faire appel à la hiérarchie
supérieure pour les faire respecter, ou enfin la tentation de la
conciliation et du compromis, est d'autant plus grande. Pourtant, ce
n'est pas, là non plus, la stratégie la plus efficace. La
ténacité, le refus de plier s'avère, en pratique
comme en théorie, bien plus satisfaisant que les petits reculs
dus à la lassitude, qui nous font perdre ces droits que nous
croyions acquis à jamais et pour lesquels il faudra encore se
battre, avant de les lâcher à nouveau dans un va-et-vient
stérile et indéfiniment épuisant.
L'intransigeance, l'inflexibilité, dès le premier
contact, découragent vite les tentatives d'intimidation et le
harcèlement. Le tyran, le harceleur, le supérieur cherche
des victimes faciles. Reste alors, quand on a su soi-même
résister, à organiser la solidarité : il ne s'agit
évidemment pas de détourner l'autoritarisme de sa propre
personne pour qu'il retombe sur d'autres. Surtout pas sur les
précaires. Mais ce n'est pas non plus en cédant devant
les attaques portées contre nous individuellement que nous
favorisons la résistance et la lutte collectives.
Il n'existe évidemment pas de solution miracle pour
résister aux différentes formes de pouvoir qui s'exercent
sur et à travers nous. Rompre l'isolement, faire jouer les
solidarités, cela représente un travail de longue haleine
mais ce n'est que collectivement qu'on peut changer le monde.
Claire