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Le Couvre-Chefs > Sommaire >
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Restée seule, Sylvie empoigne la poupée, lui
administre une fessée, la traite de "vilaine méchante" et
lui reproche de choisir juste le jour de Noël pour faire des
bêtises:
-- Je t'avertis, si tu n'es pas sage, je t'enferme dans l'armoire et tu
n'en sortiras plus jamais !
--
Pourquoi ? demande la poupée.
-- Parce que tu as cassé la vaisselle.
-- Je n'aime pas jouer à ces jeux idiots ! déclare la
poupée. Je veux jouer avec des autos de course.
-- Je t'en ficherai moi des autos de course ! annonce Sylvie. Et elle
lui administre une nouvelle fessée.
Mais la poupée ne se laisse pas impressionner et lui tire les
cheveux.
-- Aïe ! Qu'est-ce qui te prend ?
-- Légitime défense, explique la poupée. C'est toi
qui as commencé. C'est toi qui m'as appris à me battre.
Sans toi, je n'aurais pas su comment m'y prendre.
-- Eh bien, maintenant, on va jouer à l'école, propose
Sylvie pour détourner la conversation. Moi je serais la
maîtresse et toi l'élève. Ça, se serait ton
cahier. Tu ferais tout faux dans la dictée et je te mettrais
zéro.
-- Pourquoi zéro ?
-- Parce que. C'est ce que fait la maîtresse à
l'école. À ceux qui font tout juste, elle met dix sur
dix. À ceux qui font tout faux, elle met zéro.
--
Mais pourquoi ?
-- Ça leur apprend.
-- Laisse-moi rigoler !
-- Quoi ?
-- Naturellement. Voyons, réfléchis un peu. Sais-tu aller
à bicyclette ?
-- Bien sûr !
-- Quand tu apprenais à faire du vélo et que tu
dégringolais, que faisaient tes parents ? Ils te mettaient un
zéro ou un pansement ?
Sylvie se tait, perplexe. La poupée insiste :
-- Allons, réfléchis bien. Quand tu apprenais à
marcher et que tu te prenais une bûche, est-ce que ta maman te
dessinait un gros zéro sur le derrière ?
-- Non.
--
Et pourtant, tu as quand même appris à marcher. Et tu
as aussi appris à parler, à chanter, à manger
toute seule, à boutonner tes vêtements et à lacer
tes souliers, à te laver les dents et les oreilles, à
ouvrir et à fermer les portes, à te servir du
téléphone, du tourne-disque et de la
télévision, à monter et à descendre les
escaliers, à jouer à la balle contre un mur, à
distinguer un oncle d'un cousin, un chien d'un chat, un frigidaire d'un
cendrier, un fusil d'un tournevis, le parmesan du gorgonzola, la
vérité du mensonge, l'eau du feu. Tout cela sans bonnes
ni mauvaises notes ; est-ce vrai ou non ? »
Gianni Rodari, extrait de Nouvelles à la
machine, Messidor «Temps actuels», 1985.
Gianni Rodari
(1920-1980) est
considéré comme l'un des
meilleurs auteurs italiens pour la jeunesse. Il a reçu en 1970
le prix Andersen
pour l'ensemble de son œuvre.