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Le Couvre-Chefs > Sommaire >
Crise d'autorité de l'inspecteur
d'académie de Paris dans une école du 19e arrondissement
Apprenant que l'inspecteur d'académie venait passer la
journée dans les locaux de l'inspection qui se trouvent dans
notre école (41, rue de Tanger, Paris 19e), nous avons
décidé, avec des enseignants de la 27e circonscription,
de le rappeler à sa mission, à savoir : assurer un
service public de qualité pour tous. Le manque de
remplaçants et d'enseignants spécialisés dans les
Réseaux d'Aide aux Enfants en Difficulté étant
criant dans l'académie de Paris, nous avons donc accroché
sur la façade de notre établissement une banderole sur
laquelle était inscrit : «Remplaçants, RASED, des
moyens !»
À
13 h 30, revenant de son déjeuner au restaurant et
apercevant la dite banderole, M.Rosselet s'est subitement senti au bord
d'une crise d'apoplexie qui déclencha aussitôt une crise
d'autoritarisme aiguë. Il exigea donc du directeur de
l'école qu'il fasse enlever la banderole par les services de la
mairie. Quelque peu étonnés par de telles pratiques
remettant en cause notre liberté d'expression, nous
décidâmes alors, à l'heure de la
récréation, de demander quelques explications à ce
monsieur. Sortant de ses gonds, notre grand supérieur
hiérarchique nous rappela alors que, en tant que fonctionnaires,
nous étions soumis à un devoir de réserve, de
discrétion professionnelle et d'obéissance. Puis, face
à notre volonté de recentrer le débat sur les
problèmes de remplacement et d'enseignants
spécialisés, M. Rosselet, comme il l'avait sans doute
appris en formation de management, trouva enfin une
échappatoire. En effet, il s'aperçut soudain que l'une
d'entre nous, comble de l'horreur et de la mal séance,
mâchait un chewing-gum. Comment osait-on avoir un chewing-gum
dans la bouche en présence de son chef
vénéré ? («Comment osez-vous vous
présenter à votre supérieur hiérarchique en
mâchant un chewing-gum ?», tels furent ses mots.) De plus
en plus convaincu qu'il se trouvait bel et bien face à la
«honte du service public», il décida alors
d'interrompre brutalement notre entretien sans omettre pour autant de
nous menacer d'un : «Je saurai vous rappeler à vos
obligations», omettant ainsi les siennes en toute bonne
inconscience. Merci monsieur
le manager, votre numéro de clown
nous a éclairées sur vos ambitions et vos
priorités mais ce n'est hélas pas de verbiage de pantin
menaçant et de pandore dont nos enfants manquent. Alors, que
Monsieur Rosselet se rassure, nous saurons également lui
rappeler ses obligations. Même si, aveuglé sans doute par
le chewing-gum, il n'a pas été cette fois en mesure de
nous écouter, malgré la gravité de la situation et
de ses effets négatifs pour l'éducation des enfants,
éducation qui, pour nous enseignants, est et restera notre
premier devoir.
École Tanger, Paris