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Le Couvre-Chefs > Sommaire >
Les
évaluations, telles qu'elles sont conçues, et
à tous les niveaux, ont un critère incontournable : le
temps.
Il y avait déjà le problème posé par le
temps en tant que date, et la question de quand faire ces
évaluations ; on voit rapidement toute l'injustice que le choix
d'une date faisait naître. Les individus, leur réflexion
et leurs sens, ne sont pas tous «disponibles» à un
instant t choisi.
Mais supposons qu'un premier formatage ou qu'un quelconque dopage,
dirait-on en sport, ait réussi à amener tous les
participants au «top» avant l'épreuve, se pose alors
la question de la rapidité. Celle-ci entre en jeu et
s'avère être une qualité décisive dans
toutes les évaluations qui se déroulent en un temps
limité. Si la tâche n'est pas accomplie et la solution pas
trouvée à la minute de fin d'épreuve, la note,
quelle que soit sa forme, ne sera pas maximale.
Alors, interrogeons-nous sur qui décide de cette durée
et, surtout, comment elle est fixée. S'agirait-il de savants un
peu fous qui se seraient chronométrés eux-mêmes sur
chaque type d'épreuve, et qui auraient donné leurs
«chronos» comme référent universel ? Ou bien
encore des individus sadiques, adeptes de l'expérimentation
animale, auraient-ils pris des enfants-cobayes qu'ils auraient mis
à l'épreuve et dont ils auraient calculé le temps
moyen pris pour réussir ? Une telle rigueur scientifique, bien
qu'existante, ne ressemble pas trop à nos chercheurs en
élucubration de l'Éducation nationale et encore moins
à l'enseignant bêta (lettre de l'alphabet grec je
précise pour lever toute suspicion d'outrage et de
mépris). Craignons plutôt qu'il ne s'agisse d'un choix de
durée arbitraire, autrement dit « au pif », par
quelque groupe de travail accro du journal L'Équipe.
Si
l'on regarde maintenant les effets des évaluations sur les
évalués eux-mêmes, on constate qu'on
déclenche chez eux un stress plus ou moins important. En effet,
un individu potentiellement capable de résoudre un
problème se voit infligé une contrainte
supplémentaire, le faire en un temps donné, voire
même devoir donner une réponse immédiate. C'est,
d'ailleurs, de penser à cette échéance qui devient
une contrainte. L'échéance génère
l'angoisse et peut même réduire à néant tous
les moyens et toutes les facultés. On favorise les
réflexes au détriment de la réflexion.
Cette course à la montre qu'est l'évaluation, plus que de
donner une image de réussite, participe à augmenter
l'échec.
Sans être particulièrement excessif, on peut parler de
sadisme concernant ces personnes qui mettent des individus dans une
situation de stress qui leur fait envisager un potentiel
d'échec. Peu leur importe que tout le monde réussisse,
puisqu'au contraire il se dégage à l'issue de
l'épreuve une élite. Nous appliquons les lois de la
prédation: le prédateur le plus rapide mangera à
sa faim, et la proie la plus rapide survivra. Il est regrettable dans
ce cas que l'éducation se résume à une vulgaire
loi de sélection naturelle prônée chez les humains
par les régimes fascisants partisans de l'eugénisme.
Dans tous les cas, l'évaluation s'apparente à une
épreuve d'athlétisme où, si tu es le premier tu as
gagné. Gagné quoi? C'est encore une autre question. Paul
Virilio, dont les livres ont pour thème central une
réflexion critique sur la vitesse, écrivait: « La
vitesse, c'est la violence dans tous les domaines et un analyseur
extraordinaire de notre société. Il nous faudrait
absolument une économie politique de la vitesse ou ce que
j'appelle une "dromologie", c'est-à-dire une discipline qui
s'intéresse aux ravages de l'accélération et de la
course. »
Quel est l'objectif d'un enseignant ? Que tout le monde comprenne, ou
que certains comprennent vite ? En se posant cette question
l'enseignant se remet lui-même en cause ; en effet, voyant que
seulement une partie de ses élèves comprend, il devrait
se dire que cette partie était formatée au type
d'enseignement qui est le sien. Mais l'autre partie va avoir besoin de
cette faculté toute professorale qu'est le rabâchage. Le
rabâchage : perte de temps ou conscience professionnelle ?
Si l'on convient qu'il faut plus ou moins de temps à un individu
pour faire passer son enseignement, on admettra aisément qu'il
en faut plus ou moins aussi à un autre pour le recevoir et le
restituer.
Et, pour terminer, cette parole de Touareg : « L'important n'est
pas quand la caravane arrive, mais qu'elle arrive. »
Et maintenant, que les chiens aboient...
Claire