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Le Couvre-Chefs > Sommaire >
Un
jour, un militant du Collectif parisien anti-hiérarchie avait
décidé de se présenter -- pour rire -- à
l'entretien de recrutement des futurs directeurs d'école.
à la traditionnelle question «Pourquoi voulez-vous devenir
directeur ?», il s'est empressé de répondre:
«Pour gagner plus d'argent, pour avoir un logement de fonction,
pour exercer une autorité sur mes collègues et avoir la
reconnaissance de mes supérieurs, et surtout, surtout, pour ne
plus voir un élève !» Inutile de préciser
que l'admini- stration ne lui a pas su gré de cette
sincérité à peine provocatrice.
Il n'en est pas moins vrai qu'à Paris, toujours en avance sur
son temps et sur la situation générale, le
«statut» des directeurs d'école -- officiellement
non supérieurs hiérarchiques des adjoints -- est
exorbitant du droit commun en vigueur dans tous les départements
:
- Une décharge de service de classe pour tous: complète
à partir de 5 classes dans l'école, à mi-temps
pour les quelques écoles à moins de 5 classes.
- En plus des bonifications indiciaires fournies par l'état aux
directeurs d'école et qui entraînent déjà
une inégalité financière avec les adjoints, des
indemnités versées par la ville de Paris, sans commune
mesure avec celles de leurs collègues de banlieue ou de province
: celles et ceux qui cumulent indemnités pour charges
administratives, pour responsabilités et collectes des paiements
de cantine, garderie ou étude, pour ateliers bleus et/ou cours
du soir pour adultes, voient leur paye se gonfler d'un bien joli
pécule (pouvant dépasser 50 % de leur traitement de base
certains mois, et largement 10000 euros annuels pour les mieux lotis).
- La priorité, garantie par la mairie de Paris en toute
illégalité, pour bénéficier d'un logement
de fonction dans l'école (ou à proximité),
alors que des dizaines d'instits cas sociaux jugés prioritaires
par la commissions d'attribution des logements de fonction attendent en
vain un logement auquel ils ont théoriquement droit.
- Une «notabilisation» manifeste : traité de
«chef d'établissement» par la mairie et le rectorat,
voire les parents d'élèves et même parfois ses
collègues instits ou pe, le directeur d'école n'est
jamais mis sur le même plan que ses «adjoints», il
est de plus en plus considéré comme un
«cadre», voire un rouage de la hiérarchie, à
qui l'on voudrait imposer devoir de réserve et solidarité
à l'égard de celle-ci contre de modestes avantages tels
qu'invitations à quelques pince-fesses académiques ou
municipaux...
Tout cela, renforcé par le rouleau compresseur de la formation
des futur(e)s directeur(trice)s, explique que des conflits de plus en
plus fréquents et de plus en plus violents surviennent dans les
écoles maternelles et élémentaires avec des
directeurs, qui se croient investis des pleins pouvoirs sur les
enseignants, les personnels municipaux, les locaux, le matériel,
sans parler des élèves. Depuis un an, dans les 2e,
8e, 10e, 12e, 13e, 15e, 18e, 19e, 20e arrondissements notamment, les
problèmes se sont multipliés et ont
nécessité des réactions syndicales et collectives.
Car, quinze ans après la lutte contre les
«maîtres-directeurs», il n'est pas question de les
laisser revenir, sous quelque déguisement que ce soit!
Or, c'est justement ce que nous prépare le gouvernement :
l'article 86 de la loi de décentralisation votée à
la sauvette en juillet 2004 prévoit la création
«expérimentale», à l'initiative des mairies
et avec l'accord des recteurs, d'«établissements publics
d'enseignement primaire» (EPEP). Et qui dit
«établissement» dit aussi «chef d'...» !
Le travail était de toute façon préparé par
le rapport du recteur Pair, missionné par le gouvernement Jospin
en 1997, qui préconisait des regroupements d'écoles en
ensembles de 30 classes en moyenne, avec à leur tête un
super-directeur disposant de la plupart des pouvoirs d'autorité
actuellement dévolus à l'inspecteur et assisté
d'un secrétariat pour les tâches administratives.
C'était aussi la logique des «réseaux
d'écoles» voulus par le ministre Ferry (Luc) et
abandonnés par son successeur Fillon (qui, donc,
préfère la formule EPEP).
Ce projet de faire des directeurs de vrais chefs d'établissement
s'inscrit dans un contexte de valorisation de
«l'autorité» que l'on retrouve à la fois dans
le projet de loi d'orientation pour l'éducation, le rapport de
l'inspection générale sur l'académie de Paris, les
discours émanant du ministère et du rectorat.
Quant à la mairie de Paris, elle va au bout de sa logique : avec
le soutien actif de la plupart des syndicats corpo et du lobby (dit
«amicale») des directeurs parisiens, elle a
décidé de réserver les logements de fonction des
écoles exclusivement aux directeurs. Quelques adjoints
logés à cause de leur situation sociale, familiale ou
financière, c'était encore trop ! Prise en juin 2004,
cette décision entrera pleinement en vigueur en 2007 ou 2008,
à l'extinction du corps des instituteurs. A ce moment,
les directeurs devront s'acquitter d'une redevance d'environ 600 euros
par mois pour l'occupation du logement (c'est loin du tarif des loyers
parisiens!) et seront redevables à la mairie de
«servitudes» dans le domaine de la responsabilité
des locaux en dehors des heures scolaires, comme les chefs
d'établissement du second degré. Un pas de plus vers
l'assimilation à cette catégorie !
Nous n'accepterons pas de chefs d'établissement dans le
primaire, pas plus que des directeurs qui y ressemblent. Tous sur un
même pied d'égalité, de responsabilité, de
salaire et de statut !
Texte de l'ancien CAH,
actualisé par Jean-François